__ J`étais immobile devant lui, mon c½ur battait deux fois plus vite que la normale, je me sentais rougir.
"Euh...désolé...petite. T'es très mignonne, mais ça m'intéresse pas."
Et c'est tout, il s'en va, sans aucun autre mot ou regard. "Ça m'intéresse pas?" Je répète tout bas cette phrase, merci je vends pas de la coke; je déclare mon amour. Je me retourne afin d'appuyer mon dos contre le mur du couloir, du lycée où je traine depuis seulement un mois. Quinze ans et demi, un mètre soixante deux pour cinquante kilogrammes, fan de rock et de photographie, adore les sixties, et c½ur brisé. Pour faire court, c'est moi.
__ Je me laisse tomber contre le mur glacial, j'enlace mes bras autour de mes genoux, et pose ma tête sur eux. Je sens quelqu'un me rejoindre, je ne bouge pas, admirant le sol que d'habitude, j'ignore complètement. C'est dans les moments de déprime ou de gène que l'on trouve les choses d'habitude ennuyantes, soudainement intéressantes, et même parfois, fascinantes. La personne à côté de moi met devant mon nez une souris en peluche, elle la fait bouger comme une marionnette, en fredonnant d'une voix aigüe la chanson des petites souris dans Cendrillon. Je souris, et fini par rire doucement. Je tourne la tête, la cognant doucement contre le mur , et regardant la personne qui m'a interrompu dans ma minute de déprime. Mon ami se lève et me tend sa main. Je la saisit et me lève péniblement. Il est quinze heure trois, le prochain cours allait bientôt commencer. De toute l'heure, je ne me suis concentrée que les dix premières minutes. Vie de classe, parlant de la première, moi je n'ai pas d'idée, pas d'ambition.
__ Seize heure, pour une fois nous terminons tôt. On est vendredi, ce soir je vais à Paris, voir l'un de mes groupes préférés: Killerpilze. Rock allemand, je ne parle pas allemand, j'ai d'ailleurs du mal à l'entendre. Mais j'aime leur musique. Je pose juste mes affaires de cours, m'arrange un peu et je repars chercher mon amie. On prend le train et direction le Bataclan. Arrivées devant la salle, on fait la queue, il n'y a pas trop de monde, on a de la chance.
Vingt heure, les portes s'ouvrent et on entre enfin. Nous sommes dans la fosse, tout près d'Eux. Le concert commence et j'ai des paillètes dans les yeux, ils sont magnifiques. Je prends des photos en profitant au maximum du concert. Les premières notes de la dernière chanson retentissent: Un premier matin, je connais la chanson par c½ur, c'est pas difficile vu qu'elle est en français. Johannes chante avec Mäximilian et le public. Je photographie Fabian qui pour une fois ne bouge pas trop la tête, je peux donc avoir une photo pas très floue.
La chanson se termine, et Jo commence à parler, je ne comprends pas.
"Qu'est ce qu'il dit?" Je demande à Anaïs qui fait de l'allemand en première langue.
"Il va invité quelqu'un sur la scène pour chanter!" Me répond-elle en souriant.
Je souris à mon tour, les filles autour de moi crient, supplient qu'il les choisissent, je souris intérieurement, c'est presque pathétique. Jo semble chercher, il s'arrête devant nous. Je ne fais pas attention à lui, primo parce que je cherche des piles dans mon sac, secundo, parce que je ne veux pas aller sur scène, donc soyons invisible.
Anaïs me donne un coup dans le bras, fort en plus.
"Aïeuh!" Je râle en relevant les yeux.
Elle ne me regarde pas, elle a les yeux levés devant, je tourne la tête, et mon c½ur manque un battement. Jo est devant moi, sur scène, accroupi la main tendue vers moi. Je reste sans bouger, le regardant dans les yeux. Il a les yeux couleur chocolat, il est vraiment beau. Beaucoup plus beau et impressionnant que sur un papier glacé.
"Viens, je vais pas te manger." Me dit-il, toujours avec sa main tendue vers moi.
Je crois que c'est son accent tout à fait adorable qui m'a fait penser à cette chose presque perverse: "Oh si manges moi!"
Passons. Il me sourit, et j'entends autour de moi des réflections d'impatience, et même injurieuses. Je me réveille, et prends avec hésitation tout de même la main de Jo. Il serre brusquement et avec force sa main autour de la mienne pour me faire monter sur la scène. Je passe près de Mäx et lui sourit timidement, pareil envers Fabi. Le chanteur aux yeux de miel me prend par la taille et m'emmène avec lui derrière le micro. Il me sert contre lui, j'ai chaud et je suis intimidée. Des centaines de prunelles me fixent, et je ne crois pas être capable de chanter, ni même d'ouvrir la bouche. Mäx commence à jouer et je sens le regard de Jo sur moi, je lève les yeux, c'est la panique totale. Il chante un peu, puis il met le micro devant mes lèvres. J'ouvre la bouche, mais aucun son ne sort, je regarde devant moi, le public me rends mal à l'aise, Jo reprend et me regarde toujours, je crois déceler de l'encouragement dans ses yeux, mais je ne peux dire un mot. Je suis pétrifiée, je meurs de chaud. J'ai tout d'un coup une sensation de fatigue, je m'écroule. Je sens des bras me rattraper, j'entends la voix d'Anaïs m'appeler parmi le brouha de la foule. Je crois que je perds conscience.
__ C`est la lumière qui traverse mes paupières qui me tire de mon sommeil inhabituel. Je tourne la tête et regarde les lieux qui m'entourent. Je sens contre ma jambe quelque chose. Je me redresse et vois une chevelure blonde contre mes membres. Mon amie c'est endormie à mon chevet. Je souris, et retire brusquement ma jambe qui lui sert de coussin de sous sa tête pour la réveiller. La réaction est immédiate, elle se lève d'une bond, une lueur d'incompréhension sur son visage fin. Je rigole.
"Enfin réveillée!" S'exclame-t-elle.
" On est où? je demande en m'assaillant.
- Dans les coulisses.
- Haute gammes les coulisses." Dis-je en regardant plus attentivement la pièce.
"On dirait une loge."
Elle s'assoit à côté de moi, et me raconte se qu'il s'est passé:
"Donc, tu ne bougeais plus, complètement immobile, et tout d'une coup, tu es tombée dans ses bras, sur le coup je me suis demandé si tu jouais la comédie, et Jo aussi je crois - sympa pour moi - Mais comme tu ne te réveillais pas, on a commencé à paniquer, surtout Jo, il te tenant dans ses bras, il ne savait pas quoi faire, Fabi et Mäx ont abandonné leurs instruments, Benni aussi, et sont venus le rejoindre. J'ai escaladé la scène pour pouvoir venir près de toi, et un mec de la sécurité est venu et nous a dit qu'il fallait t'emmener à l'arrière de la salle. Mais Jo a refusé, il t'a porté et déposé ici, je l'ai suivis, et je me suis endormie."
Je réfléchis une seconde avant de réagir et comprendre, je regarde avec des yeux ronds ma copine.
"Oui, ça m'a aussi étonnée de la part de Jo ...
- Je me suis tapée la honte!" Je la coupe.
Elle lève un sourcil, ce qui fait apparaitre un sourire sur mes lèvres.
"Johannes Halbig t'as porté tel un prince porte sa princesse, et tu me dis ça?
- Nan mais tu te rends comptes? Devant des centaines de personnes!
- Devant des filles qui tueraient pour être à notre place, dans les coulisses des Killerpilze.
- Oh c'est bon, si ça se trouve on ai chez ceux qui passent le ballais."
Notre débat s'arrête là. La porte s'ouvre, laissant entrer Mäx. Il sourit et crit "Jo !!!" dans le couloir. Anaïs se lève, un grand sourire aux lèvres, moi je reste assise. Jo arrive précipitamment, dans la pièce, nos regards se croissent et il me sourit. Je me sens rougir alors je détourne le regard. Il s'avance vers moi et s'accroupit, sa tête au dessus de mes genoux, ses mains sur ces derniers pour se maintenir. Il me demande en anglais comment je vais. "Mieux" je lui réponds en essayant de ne pas croiser son regard. Anaïs commence alors à parler, du concert je crois, je n'écoute pas, un peu trop préoccupée par les mains de Jo toujours posées sur moi. En essayant d'être douce et polie je les repousse, à ce geste, il se lève tout de suite. Il s'assoit à mes côtés, et me regarde. Il me fixe et c'est très, très gênant. J'ai envie de lui dire d'arrêter, mais je ne crois pas que ça serait sympa, après tout. Et je ne veux pas passer pour une vieille fille. Je reste donc silencieuse, et le plus indifférente possible au regard de Johannes. Les minutes passent, Anaïs est très bavardes, mon téléphone sonne. C'est "Richtig Scheisse" qui retentit, je me dépêche de décrocher.
"Oui?
- Vous êtes où? Je suis devant.
- On arrive."
Je raccroche, c'était mon père, je regarde Anaïs qui laisse échapper un râlement.
__ On a des autographes, des photos, on adresse un au revoir aux garçons, et on part. Mon père est garé de l'autre côté de la rue de la salle de concert. Anaïs monte à l'arrière, je dépose mon sac, quand j'entends une voix familière derrière moi. Anaïs lâche un petit cri aigu, je me retourne. Jo est en train de traverser la rue, et vient dans notre direction.
"Tu m'as pas donner ton MySpace." Me dit-il avec cet éternel accent.
"J'en ai pas." Je lui réponds en souriant.
Je sors un stylo et lui marque mon blog. C'est pas vraiment un blog où je raconte ma vie, là c'est où je mets mes photos. Je lui dis tout ça en anglais, en espérant qu'il ait compris, je crois que oui.
"Salut alors."
Il s'avance plus près de moi et me fait un bisou sur le coin des lèvres. Je lui souris, et le regarde s'éloigner. Je ne regarde pas mon père, ni mon amie, je reste silencieuse.
Fin